La tête dans le sable

12 septembre 2009

J’ai écouté la ministre de l’éducation exposer son plan pour la diminution du décrochage scolaire au Québec. J’étais en “tabarnak” de l’entendre.. comme toujours lorsqu’elle fait ce genre de sortie. Diminuer le ratio des groupes. Ce n’est pas complètement débile comme idée, c’est même bienvenue. Mais le problème n’est pas là. Même avec moins d’élèves par classe, il y aura encore des élèves en difficulté, des élèves qui ne sentent pas leur place dans le système scolaire, des élèves qui ne se sentent pas “dans le moule”.

Le problème, c’est que justement, ils n’ont pas leur place ces élèves pour qui le système n’est pas fait. C’est avec eux que je travaille. Les enseignants des classes régulières (heureusement pas tous, mais beaucoup d’enseignants) ne les veulent pas dans leur classe ces élèves. Et le manque de budget oblige des coupures. Et où coupent-ils?? Dans les services aux élèves en difficulté entre autre. On ferme les classes d’adaptation scolaire les unes après les autres et on prône l’INTÉGRATION. Résultat: il y a de plus en plus d’élèves en difficulté dans les classes régulières.

Les élèves en difficulté qui ne trouvent pas leur place dans ce système y restent malgré tout. Ils sont dépassés, tout va trop vite. Ils se sentent différents et pour cause. Puis, trop souvent dans leur cheminement scolaire, ils retrouvent dans la classe d’un enseignant qui se sent dérangé par eux et qui voudrait dont ne pas l’avoir dans sa classe. Et quand l’enseignant pointe du doigt un élève, les autres élèves le pointent aussi du doigt. Ces élèves se sentent ainsi rejetés, indésirables, dérangeants, etc.

Ma directrice, qui a travaillé au secondaire et qui est maintenant au primaire, me racontait hier une réalité bien malheureuse. Des enseignants qui se pointent chez le directeur après un mois d’école avec leurs listes d’élèves: “Celui-là, celle-là et celui-ci n’ont pas d’affaire dans ma classe. Je sais déjà qu’ils ne réussissent pas l’année.” “Quessé ça??? Comment peut-il supposer ça? Son job est d’accompagner ces élèves vers la réussite.

Lors d’une formation, j’entends une enseignante de 1e année (et j’insiste sur le 1e année) dire: “Mais comment puis-je faire pour que les autres enfants acceptent “Paul”. Ils voient bien qu’ils ne comprend rien, qu’il ne suit pas.” Dans ma tête, je me dis: “épaisse”. C’est à elle à considérer le pauvre “Paul” comme tous les autres. Les enfants reproduisent ce qu’ils voient. S’ils voient leur enseignante soupirer en regardant “Paul”, s’ils l’entendent dire à “Paul” “Tu ne comprends donc jamais rien, je viens de te l’expliquer”, s’ils voient leur enseignante traiter “Paul” différemment, ils traiteront le pauve ti-pit différemment. C’est pas sorcier. Par contre, si elle traite l’enfant comme les autres, lui sourit, lui accorde du temps, parle de la différence dans sa classe, du fait qu’il nous arrive tous d’avoir des difficultés, si elle demande à “Paul” d’aider les autres dans les domaines où il en est habile, si elle valorise ses bons coups, les enfants feront de même. C’EST SIMPLE COMME BONJOUR “STI”. Le pire, c’est que cette enseignante n’éprouvait aucun malaise à poser cette question devant ses collègues. Comme si c’était normal de ne pas savoir quoi faire d’un enfant qui éprouve des difficultés. C’EST UN ENFANT BORDEL. TU FAIS COMME AVEC LES AUTRES.

Le problème du système scolaire se trouve dans la non-considération de ces élèves en difficulté qui sont probablement les futurs décrocheurs. Qu’on le veuille ou non, ils sont différents. Pas sur le plan humain, sur le plan académique. Et ils ont des droits: droit d’être reconnu, droit d’être traité avec respect, droit d’avoir des services qui répondent à leurs besoins, droit d’être ce qu’ils sont.

On aura beau dire et redire aux enseignants qu’ils doivent différencier leur enseignement pour ces élèves, ceux qui n’en veulent pas continuerons à les traiter différemment des autres élèves. C’est de l’ordre de la pensée magique finalement. Tant que le ministère continuera à se mettre la tête dans le sable pour sauver des sous, les élèves décrocherons. La nature humaine est ce qu’elle est les enseignants ne s’en sauvent pas.

Je reviens tout juste du spectacle de Fred Pellerin. J’ai eu les larmes aux yeux en l’entendant prononcer ces mots (qui ne seront probablement pas exacts..):

Le village a une responsabilité à faire grandir ses enfants, ces enfants qui feront grandir le village.

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