Un petit souvenir…
C’est ma première année à contrat en enseignement. Je suis l’heureuse titulaire d’une classe d’enfants de 6 et 7 ans ayant un trouble de la communication. J’ai étudié les troubles de la communication dans les livres durant ma formation, mais c’est mon premier contact réel avec des enfants ayant cette problématique. Il faut dire que j’ai étudié en adaptation scolaire et que mon champs de compétence couvre une grande diversité de troubles. C’est la première semaine. Je lis une histoire aux enfants et, en bonne enseignante, je leur pose quelques questions afin de vérifier leur compréhension.
“D’après vous, comment se sent la maman dans l’histoire?”
Un de mes ti-poux, me répond l’air angélique:
“È s’en criss.”
Je suis saisie. Vient-il réellement de me dire en souriant: Elle s’en crisse. Je reste calme hésitant entre une intervention en bonne et due forme ou une vérification de ses intentions. J’opte pour la deuxième action, me basant sur le charmant sourire du garçon qui m’amène à penser que j’ai mal entendu.
“Peux-tu me répéter ce que tu viens de dire mon garçon?”
“È s’en criss.”
J’en revenais pas. Il venait vraiment de sacrer sans hésitation avec un petit air innocent en me regardant droit dans les yeux… et je vous rappelle que ce petit n’a que 7 ans. Je me décide à poser la question calmement au cas où.
“Viens-tu de sacrer mon garçon?”
“Non… non… “
Le pauvre cherche une autre façon d’exprimer ce qu’il désirait me dire… et ce n’est pas chose simple pour un enfant dysphasique.
“È a la peine.”
“Ahhhhhh!!! Elle se sent triste!”
J’ai appris, ce jour là, ce que les troubles de la communication pouvaient représenter dans le quotidien et surtout, à ne pas sauter trop vite aux conclusions.