J’ai vraiment pété les plombs tout à l’heure. Je me suis surprise moi-même, mais maudit que ÇA FAIT DU BIEN! Ahahahah!!
Petite mise en contexte: Je suis enseignante en adaptation scolaire et je suis titulaire d’une classe ressource… vous savez, ces classes poubelles dans lesquelles on “park” les enfants qui n’ont leur place nul part et qu’on oublie dès que leur candidature est acceptée. Je deviens donc le service de ces élèves puisqu’en étant dans ma classe, ils n’ont plus droit à rien. Je suis leur enseignante, leur éducatrice, leur technicienne, leur orthopédagogue, leur orthophoniste, leur psychologue, leur ergothérapeute et parfois même un peu leur mère. J’ai, dans ma classe, des enfants décifients intellectuels, des troubles dyslexiques, des troubles dysorthographiques, des dysphasiques, des dyspraxiques, des troubles d’audition centrale, des troubles de comportements, “name it”. Ils ont entre 9 et 11 ans. Ils se situent entre la 1e et la 4e année et j’en ai 16… c’est énorme. Je nage quotidiennement dans l’énorme océan de ma tâche et j’essaie de survivre avec ce que j’ai.. c’est-à-dire, pas grand chose. Mais ne vous en faites pas pour moi, bien que je termine chaque année vidée, désabusée par le manque de service pour ces enfants, triste et frustrée par le système, j’adore cette clientèle et pour l’instant, je ne changerais pas de souliers.
Cet après-midi, on avait une réunion de bilan du point de service. Un des points à l’ordre du jour: bilan du déploiement, et donc du service, des techniciennes en éducation spécialisé. Chacun y allait de sa satisfaction par rapport aux services, de ses suggestions pour l’année à venir et de son vécu dans sa classe. Et chaque fois montait en moi un sentiment d’injustice (et une impuissance) que j’avais du mal à contenir. Ils ont 7 ou 8 élèves ayant tous la même problématique, à peu près tous du même niveau et ils ont DES SERVICES. Dans ma tête résonnait les mêmes mots: “moi, je dois tout faire toute seule et ma tâche est deux fois plus lourde que la leur.” Une boule se formait en moi que je tentais de contrôler. Mais, comme fin d’année signifie également essoufflement, je n’y arrivais pas. Trop émotive! Quand tout le monde s’est exprimé sur son vécu de l’année, j’ai réalisé que puisque je n’avais pas eu de services, on ne prendrait pas le temps de faire le bilan du vécu de la classe ressource. La pression est monté en flèche. J’étais en TABARNAK. On est toujours les oubliés. Que le gouvernement se foute de ces enfants, c’est une chose sur laquelle ma petite personne à peu d’emprise… mais que mon milieu les passe sous silence… Je MORDS. J’ai explosé! Si j’avais la faculté de rougir, j’aurais pris des teintes probablement très révélatrices. J’ai explosé et tout ce que j’avais sur le coeur depuis des mois (pour ne pas dire des années) est sorti sans nuance. J’ai saisi tout le monde… moi la première en fait. Consciente qu’on ne peut pas changer grand chose à la situation et que je doive vivre avec (ou changer de clientèle, ce qui est hors de question tant que j’y arrive parce que j’aime cette clientèle), je fais mon boulot du mieux que je peux avec les moyens que j’ai.
Ça m’a fait du bien d’écrire tout ça. Maintenant, comme je déteste l’over time parce que j’ai une vie en dehors du travail (beaucoup d’enseignants s’oublient et c’est pas mon cas), j’ai accumulé beaucoup de corrections… fin d’étape. Je m’y mets donc ce soir accompagnée de mon ami Neil Young et probablement plus tard de mon ami Vino Tinto. Go… assez perdu de temps!!